#Interview Melissa Phulpin : Vis ma vie d’attachée de presse Musique

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Melissa Phulpin a toujours su tisser des liens professionnels et personnels aves les artistes qu’elle représente, mais aussi avec les journalistes qui l’entourent dans l’univers  musical. Cette proximité et cette confiance se ressentent aussi auprès de la majeure partie des acteurs de l’industrie de la musique (Labels, tourneurs, éditeurs…). C’est pourquoi Melissa Phulpin a rajouté une corde à son arc en devenant manager de certains artistes « coups de cœur »

Comment Melissa gère-t-elle ses relations avec les artistes et les journalistes ?

 

Raconte-moi en quelques mots ton parcours et où en es-tu ?

J’ai débuté chez V2 en 2002 en tant qu’attachée de presse jusqu’en 2008. C’est ici que j’ai été formée, c’est important. J’ai notamment commencé avec l’artiste Billy Crawford ! Je ne faisais que la presse jeune qui n’existe d’ailleurs presque plus maintenant. Plus tard, V2 a ouvert une plateforme de labels indépendants, « Coopérative musique ». Cette période a été géniale pour moi parce que déjà, c’était beaucoup plus en phase avec ce que j’aimais comme musique, et puis surtout, médiatiquement, c’étaient des artistes qui étaient tellement cools que cela ouvrait des portes assez facilement auprès des journalistes. Quand V2 a été racheté par Universal Music Group, j’ai commencé à avoir des propositions pour aller chez Naïve et Pias. Cependant, j’avais déjà envie d’être indépendante. Pas forcément seule mais libre.

J’ai eu de la chance parce que quand j’ai commencé, Naïve (qui n’avait donc pas d’attachée de presse en interne) m’a donné tout son catalogue à travailler en indé. Donc pour moi c’était super : Claire Diterzi, Girls in Hawai, Moriarty… J’avais plein de boulot alors que je me lançais à peine à mon compte.

Ça fait maintenant 10 ans que je suis indépendante. C’est passé tellement vite.

 

Comment choisis-tu les artistes que tu veux représenter ?

Ce sont principalement des coups de cœur, des coups de cœur musicaux. Mais l’humain est aussi important que la musique donc c’est indispensable pour moi de les rencontrer.

 

Est-il nécessaire pour toi de connaître  presque « intimement » l’artiste ?

Oui complètement. Je me fais toujours ce que j’appelle mon mail de relance qui est plus une sorte de brouillon où je donne mon ressenti par rapport à l’artiste : pourquoi j’ai envie de travailler avec lui, ce qui me plaît chez lui, pourquoi j’aime sa musique, pourquoi cette musique résonne en moi…

 

Comment amorces-tu les rencontres avec eux ?

J’ai beaucoup de demandes qui m’arrivent directement pour écouter leurs EP/albums ou pour les rencontrer par exemple. Au bout de 10 ans, j’ai la chance d’être recommandée et particulièrement pour les artistes en développement. Tu finis par être identifiée, ce n’est pas un gros milieu. Quand tu commences à avoir de bons résultats sur un ou deux artistes, tout le monde se dit « ah mais qui a fait la promo de tel ou tel artiste », etc… Les réseaux sociaux jouent aussi, tout comme le fait que j’ai donné quelques interviews. Celle de Brain par exemple ressort très souvent. Il y a plein de gens qui m’écrivent en me disant qu’ils avaient lu cette interview.

 

Comment communiques-tu sur les actualités de tes artistes avec les journalistes ?

 J’envoie beaucoup de newsletters, pratiquement une par jour. Quand j’envoie une information, tout le monde est au courant en même temps (ex : pour annoncer un concert, la sortie d’un clip, la date de sortie d’un EP/album d’un artiste..).

J’ai aussi mes newsletters mensuelles où j’y intègre toutes les sorties et concerts du mois des artistes dont je m’occupe. D’après ce que me disent les journalistes, ceux-ci aiment bien avoir cet aperçu global. Ils ne répondent pas forcément à la newsletter mais au moins ils sont informés.

Quant aux e-cards et communiqués que j’envoie tous les jours, c’est principalement pour les inviter à des concerts. Quand une invitation est incluse, les journalistes répondent assez facilement. Quand il y a une sollicitation, ils sont amenés à réagir.

 

L’invitation d’un journaliste à un concert présage-t-elle une interview de ton artiste ?

Non, pas forcément. Cela permet d’interagir et de discuter avec lui. C’est un bon moyen pour lui faire découvrir l’artiste. Les autres alternatives sont bien sûr d’écouter l’album que j’ai envoyé au préalable, ou encore l’histoire qu’il peut y avoir autour de l’artiste qui vont l’intéresser ou l’intriguer. Ils vont avoir envie de creuser, d’en savoir plus, et de rencontrer l’artiste éventuellement.

 

Envoies-tu aux journalistes un communiqué de presse centré sur la biographie de ton artiste ?

Non, j’essaye vraiment de ne pas mettre trop de textes dans mes communiqués de presse : 4/ 5 lignes de présentation pour qu’ils cernent le projet mais pas plus. Les gens reçoivent déjà tellement d’informations… Je rajoute aussi des liens pour qu’ils puissent bien sûr écouter un album, voir une session ou un clip. Cela dépend des cas et de l’information que je veux faire passer. J’y intègre aussi les citations de journalistes (quand tu en as) et cela marche plutôt bien. Je trouve que c’est assez percutant (ex : « L’album de l’année »).

Ce qui fait aussi la différence dans un communiqué de presse, c’est la qualité des visuels de l’artiste. C’est indispensable. C’est presque aussi important que la musique (La pochette d’un album par exemple). Cela donne souvent aussi l’envie d’écouter le disque ou pas.

 

Est-ce que tu utilises des outils RP ? Comment te fais-tu ton fichier presse ?

Je n’utilise pas du tout d’outils. J’ai mon agenda de base et je le mets à jour.

Avant, quand j’étais chez V2, j’étais abonnée à « Hors Antenne » ; mais plus maintenant, ce n’est pas donné ! Je regarde parfois « L’ IRMA » qui fait un petit répertoire mais je ne sais pas si il est toujours forcément à jour.

J’ai la chance aussi de connaître beaucoup de médias au bout de 10 ans. Des journalistes me contactent également spontanément : Ils ont eu mon contact sur les sites ou réseaux des artistes par exemple.

Ce qui est sûr, c’est que sur certains sujets en particulier, il peut me manquer des fichiers presse. Par exemple pour le Festival d’été de Québec (festival de musique), j’avais aussi besoin de magazines du secteur touristique. Et c’est vrai que je n’ai pas ce genre de contacts dans mes fichiers. Je me suis demandée : comment récupère-t-on un fichier « Tourisme » ?

Conclusion, dans le secteur musical, je connais les journalistes. En revanche, sur des besoins ponctuels  pour mes artistes, si je dois contacter d’autres types de médias attachés à d’autres secteurs, oui, j’aurai besoin de ce type de fichiers grâce à un outil.

 

Comment contactes-tu les journalistes ?

J’utilise mon téléphone, et uniquement par écrit, par mails et textos. Je n’ai plus de boite vocale même si parfois on me laisse des messages vocaux par sms…L’écrit laisse le temps de réfléchir, de réagir quand on a envie donc c’est assez agréable.

 

Et pour relancer un journaliste sur une info, est-ce qu’il t’arrive d’appeler ?

Oui bien sûr. C’est important de communiquer. Après, dans ces cas là, je préfère vraiment voir les gens : textos/mails et après on se voit. Il est certain que le dialogue par téléphone simplifie les choses sur certains sujets. Mais ce n’est pas le moyen de communication que je privilégie.

 

Utilises-tu beaucoup les réseaux sociaux ?

J’utilise de moins en moins Facebook même si je relaye des articles des artistes. Je suis principalement sur Instagram. Je n’ai jamais trop utilisé Twitter. Sur Instagram, il y a aussi une interaction entre les artistes qui est génial. Tout le monde se tag, s’envoie des trucs, se répond. C’est un vrai « ping pong ». J’aime beaucoup l’ambiance que ça crée, j’adore les liens noués entre les artistes. Je vois beaucoup de constellations sur ce réseau.

 

J’ai l’impression que ta relation professionnelle avec les artistes va au-delà de la simple promotion. Où en es-tu maintenant ?

J’ai toujours fait plus que de la promo mais ce n’était pas forcément officiel. Je pense que c’est effectivement indispensable pour défendre un artiste de le connaître à fond, d’être un peu au courant de tout, et d’être en amont de la chaine. Je me rends compte qu’une attachée de presse c’est une prestataire : on lui donne un projet, elle est payée pour faire son projet, qu’elle ait des résultats ou pas elle est payée pareil, que l’artiste cartonne ou pas. Mais tu te rends compte que la seule solution pour être associée au succès d’un artiste c’est qu’il faut être éditeur, manageur, producteur ou tourneur. Je me suis donc dit que dans ces solutions, la seule qui se rapprochait le plus de celle que j’ai à proposer c’est le management. Manager conseil, plus que manager admin/gestion. Maintenant, je suis donc positionnée en manager-promo. Je n’aime pas beaucoup le mot « manager ». D’ailleurs je lance une demande aux gens qui veulent réagir Trouvez-nous un autre mot que manager ! J’organise également des soirées en appartements (« Tomboy Party »,https://next.liberation.fr/musique/2019/05/24/concert-maison-en-toute-intimite_1729328).

L’idée est de créer des rencontres plus informelles entre artistes et professionnels.

De nouvelles proximités se créent : le partage des goûts de l’artiste (culinaires notamment), l’attention et les discussions entre professionnels dans un contexte plus décontracté…. J’espère ouvrir un peu plus ce format au public.

 

Quels sont tes coups de cœur musicaux  du moment ?

Koffee, AJA, Rosalia, Lala&ce

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